11.02.2007

CEUX QUI MARCHENT DEBOUT sortie de Jack Pot, récit

(je suis les CQMD depuis 8 ans à peu près. L.L.)medium_CQMD2.2.jpeg
RÉSULTAT DE L'INSPECTION : "CEUX QUI MARCHENT DEBOUT"
dimanche soir 10 décembre 2006, 23h45," Nufest (?)", / Rotterdam (Hollande)

Le concert du groupe "Ceux qui marchent debout", (désigné ci-après par CQMD), dans le cadre du festival implanté dans un centre culturel d'un quartier neutre de Rotterdam a donné lieu aux constatations suivantes:
Conditions : le Centre culturel était propre, bien équipé. La salle : 18 m de large sur 16 mètres de profondeur et 8 m de hauteur, noire (peinture et rideaux ou taps), une grande scène et un sol flottant sensible aux basses qui passent dans les jambes…


…. Bon son pour la taille. Chauffée. Qualité nordique.

Vers 21h, y passe Big Boy Caprice, un gros black au milieu de 9 musiciens qui chante du disco funk ou new jack. Bien fait. Facile. Peut passer en clip sur MCM. Mais un peu lassant au demeurant. Sans idée forte. 2 choristes : une fille bien et un excité chauve agaçant (comme prévu).

Ensuite dans une autre salle plus petite, passe un trio intéressant, du disco-soul en live avec des instruments vintages : un bassiste (precision) au son mat qui "fait tout". Très bon. Un clavier Rhodes et Moog, qui vogue, plane et met des riffs là-dessus. Un gros japonais qui pilote un ordinateur portable sur guéridon pour faire tourner des boucles rythmiques. Tout le monde apprécie. Sans chant (c'est heureux).

Ces prémices sont importants pour les CQMD. Le niveau est correct (nordique).

Pendant ce temps, les CQMD s'installent dans la grande salle vide, qu'un DJ à la con, en bon petit soldat, sonorise avec du jazz à la con. Malvenu, comme si la liesse bâtait son plein alors qu'il n'y a personne dans la salle. Comme s'il volait au secours d'une ambiance qui ne lui à rien demandée. Il est dimanche soir. Tout le monde en a plein de dos de la musique.
Trois jours de musique. Il y a plus personne. Une météo exécrable.

Les CQMD semble faire l'erreur de ne pas plier bagage en rentrer en France. En honêtes gens, ils honorent leur contrat, en quête d'argent sans doute. "On ira se coucher vite fait après, au plus tard vers une heure, une heure-trente.

Alors ils se mettent à jouer. C'est correct. Et là ça tourne. Ils font autant de bruit que les groupes précédents mais c'est comme s'ils y avaient plus de rythme. C'est virtuose au niveau son-du-rythme.
Autrement dit, la musique est retenue. Ce qui est à la fois un inconvénient et un avantage. Ici cela place les choses dans une dimension différente, qui invite, un peu comme les bandas, à du rythme pure. (Ce qui peu avoir de grands inconvénients encore une fois, par ailleurs)

Le public arrive du disco d'avant, fatigué. Mais comprend que c'est l'ultime concert. Parmi eux, les jusqu'au-boutistes, les professionnels et les organisateurs, l'équipe du festival. Dont deux ou trois filles qui damneraient un saint, sans coup férir. (les fiottes sont déjà au lit)
Il se produit quelque chose de spécial. Personne ne connaît personne, mais c'est comme si tout le monde s'était donné rendez-vous. Pour en découdre dans le non-dit. Tout se lâche. Les bassins se tordent, on mime le ski, le tai-chi accéléré.

Les CQMD affichent une posture non figée aux pupitres. Ils se relaient à la batterie, parlent ou chantent tour à tour. Changent de place. Ce qui en général est gratuit où montre lamentablement, que l'on peut jouer de plusieurs instruments : horrible. Non là, il y a une nécessité : il semble jouer à sept. Il y a toujours un poste, un pupitre non pourvu. L'un se dévoue pour combler. Mais crée un nouveau trou. L'autre l'occupe le morceau suivant. Ainsi de suite. Comme au jeu de pousse-pousse. Ça, on le sent. Ce qui multiplie par 7/6 la musique. Cette théorie implique 2 choses : l'impression vue ici, d'un travail collectif. Et ensuite d'un travail égalitaire. Ce qui confère au CQMD une force que les groupes classiques liés souvent à un leadership lassant, n'auront jamais.

Après quatre morceaux le concert est démarré. Toutes les filles se tortillent comme des lombric. Les garçons suivent plus raides (les Hollandais !). Tout le monde danse. Tout est en route. Et petit à petit, la jonction se fait, la symbiose dans le grand tout.

Jusqu'au moment où ils descendent dans la salle. Au milieu du public, au corps à corps, un fondammental. C'est une boum spontex qui démarre et rappelle les folles fêtes de Brigitte Bardot dansant pieds nus au milieux de Romanichelles ivres de guitares début soixante. En sueur. La mayonnaise prend. Et toujours au milieu, après s'être mis assis par terre, avec les Hollandais qui n'en reviennent pas, se relèvent, accélèrent la pression et moi-même je commence à trépigner. C'est le triomphe dans la Hollande. Ils s'arrêtent brusquement comme s'ils ne savaient plus jouer… et reprenne… et s'arrête… ah nom de dieu de putain de merde, on n'a l'impression que c'est nous qui joue bien.

Le rappel est à l'avenant. Sauf qu'il y a douze filles triées du public sur scène qui font les chœurs deux à deux, et les CQMD les ont eues en leur distribuant de la verroterie. Elle sont folles du rythme.
Et de retour en coulisse, après un Pepsi bien sec et une cigarette, une quarantaine de back-stage Hollandais, commencent à taper contre les armoires métalliques, ivre de vaudou. Les CQMD sautent sur leurs instruments et l'on refait le concert en acoustique. Même moi, je prends une bouteille de Pepsi que je frappe avec une cuillère. C’est l’éjaculation permanente musicale. Le gardien Hollandais noir vient commencer à gueuler vers 4 heures du matin et… d'accord on va aller se coucher. OK. Sur la route de l’hôtel, le staff invite les CQMD à venir boire un dernier dring. « Non, nous allons rentrer… » Allez… Et on arrive à 20 dans un bar de nuit. La matronne fait alors voler les spiritueux. Elle monte la musique d'autor, ce n'est pas tous les dimanches soirs que le bar est à fond. Et bien sûr, ça ne manque pas, on met un CD des CQMD. Et on redanse encore à quelques uns. Il est six heures, on va se coucher… mais avant, on va quand même se faire la finition dans une chambre en fondu-enchaîné… pour 3 heures de sommeil.
***
DU LANGUAGE …
Chanter en anglais peut s'admettre, si l'on veut faire une carrière internationale. Mais chanter quoi ? Dans les CQMD, le terme BODY (prononcer badé) revient souvent. "The Body". "Your Body". "Some body". Ça se comprend facilement. N'y aurait-il pas d'autre concept ? "table", « poky » ou « tinpot ». Le plaisir à la langue, s'il manque de sens peut être ennuyeux. Sur scène, au début du concert, nous sommes encore dans l'imagination.
… À l'HÉDONISME
Les CQMD ont à choisir d'un côté entre la jouissance (l'éclate), la non-prise de tête,le gros son, pour aboutir à l'éjaculation permanente donc, entrecoupée par manger une pizza, comme il se doit. Et de l'autre côté, le monde virtuel qu'il propose en étant sur scène. Une monde inventé certes mais où tout est possible, tellement mieux, où l'on est quitte de la condition humaine, (c'est ce que l'on veut, même jouissive) pour s'élever au niveau d'un faiseur de monde, d'un dieu. C'est là le domaine du roman, le domaine de l'art, de la construction imaginative.
Faut-il choisir entre les deux ? Le monde tel qu'il est ou tel qu'on voudrait qu'il soit. Eh bien c'est la problématique de l'hédonisme, de concilier les deux (?). Mais évidemment l'un sans l'autre ne vaut pas grand-chose.
Le concert de Rotterdam a montré que les CQMD pouvait éjaculer en permanence avec un soutien musical. Il n'y a qu'un pas à poursuivre cette jouissance dans le roman. Et par quelques changement de couleurs, par exemple.
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Notons le premier tube prometteur des CQMD, "Just One Mort", avec un vrai refrain harmonico-mélodique.

Laurent Laurent
Inspection Générale des Fanfares Funk / IGF

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