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16.06.2008
LES BOULA MATARI AU CAFÉ COURANT
Une rentrée appréciée.
Il y a des époques propices pour ceux qui ont semé depuis des lustres. La fanfare des Boula Matari qui va fêter son 20ème anniversaire dans quelques années, a effectué, sans effet d’annonce plus que de nature, sa rentrée dans la faubourg St Antoine. Tout à l’air de concorder pour eux aujourd’hui dans la maturité : à la fois une époque de non détestation de la pop binaire dans un désert musical qui n'a rien à dire. Ensuite, leur côté bourrin délicieux quant au sérieux avec lequel ils l’entretiennent. Enfin, une force de tapage conséquente de 16 à 18 musiciens, qui varie au long du concert, ce qui leur confère un statut de formation progressive (l’augmentation étant dû à ceux qui prennent le concert en marche*). Mais l’essentiel n’est pourtant pas là.
La chose importante…
… réside sur l’ambiguïté entre des dehors classiques d’une fanfare au second degré, quite à garder quelque perruque et lunettes foncées et d’un autre côté entre une expérience d’art qu’ils ignorent certainement eux-même. À force de ne pas vouloir faire comme tout le monde, il font le contraire du contraire du contraire de tous. Ils sont donc arrivés à façonner un concept faussement conformiste. C'est de l’art idiot (et de l'orgueil). Du mauvais goût pointu d’avant garde. Un bordel constant, mais fécond à la longue.
Nous trouvons toujours l’excellente section rythmique réputée, 2 susaphones, 6 trombones, 3 trompettes, et 5 tubas. Tout ce monde joue en dillétante, mais c’est tout à fait en place, tant le répertoire n’a pas bougé depuis le siècle dernier. Et le moindre musicien a subi tant de répétitions, dans toutes les conditions possibles (y a-t-il des répétitions ?) que le show est ultra balisé, immuable. Ces conditions initiales établies, en troisième morceau, nous entendons Roll-Up’ (Magical Mistery Tour) des Beatles. Une gageure. Un morceau compliqué. Difficile à restituer. Le voici pourtant. Ensuite, il y a, de même, Birthday des Beatles. Là encore ils sont plus Rolling-Stone que les crétins inconditionnels des Rolling-Stone, puisqu’ils jouent, à cette fin, du Beatles, c’est dire. Birthday est injouable. Personne n’aurait idée sauf les sosies des Beatles. Et pourtant, ils vont au bout, faisant mine qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat. On en perd son orientation. Il faut le saluer.
Ensuite nous trouvons Can't Get You Out Of My Head, repris de Kylie Minogue (?), morceau qui n’apparaît pas moins bête qu’un autre, alors qu’il est complètement con. Là, il se développe, s’ouvre, s’élargit, à tel point que les spectateurs français, qui ont rarement quelque chose à branler de la musique, demandent ce qu’est ce morceau. Qu’est-ce ? Tout l’orchestre bascule à un stade supérieur, dans un arrangement assez idiot toujours, mais qui se révèle astucieux, efficace, de toute beauté. Ainsi, les Boula Matari donne une « explosition » des thèmes, à des intervalles écartés et révèle un grand côté mélancolique de ce morceau, auquel Kylie Minogue n'a rien compris. C'est beau.
Et puis une constante qu’il faut rappeler : l’atout des 5 tubas, qui, à force de faire des trucs simplissimes, aboutissent à imprimer une couleur médium tout à fait chaude et à sa place entre les autres pupitres plus tempétueux. Ils sont excellents et donnent la couleur à l'ensemble. Cela se traduit surtout dans d’excellents débuts de morceaux — pour se lancer — où les Boula Matari forment une fanfare grave d'accompagnement. Où tous jouent en bas. Une force invincible (trombone oblige) En revanche, tout est déchiré lorsque les trompettes fendent l’air en deux et vous vrillent les oreilles à 120 db. Ils jouent très bien ce n'est pas la question. Mais pas directement en face dans la gueule, svp. Le rêve de Herb Alpert.
*ce qui permet au musiciens de passer ou de venir quand ils veulent. Et s'ils désirent repartir plus tôt, c'est possible aussi.
18:50 Publié dans Inspection Générale des Fanfares (funk) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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